L’année 1960 marque l’apparition d’un vestiaire radicalement opposé aux codes établis de la décennie précédente. Les conventions vestimentaires s’effacent dans certains milieux, tandis qu’ailleurs elles s’imposent avec plus de rigueur. Des maisons de couture prestigieuses adoptent des coupes jugées audacieuses, alors que certains créateurs indépendants imposent des références inattendues.Les tendances qui émergent cette année-là ne suivent ni une logique linéaire, ni une progression uniforme. Certaines influences majeures de la décennie ne rencontrent qu’un succès marginal à leurs débuts, avant de s’imposer durablement bien après leur apparition.
La révolution vestimentaire des années 1960 : contexte et influences majeures
À Paris, Londres et New York, 1960 fait tomber les frontières de la mode. Chacune devient un foyer de créativité, d’émulation. Paris s’affranchit des diktats d’après-guerre, offrant à la haute couture une nouvelle jeunesse qui fait souffler un vent d’audace sur les podiums. Londres voit émerger une génération prête à s’afficher, à casser les codes. New York mise sur l’efficacité, revisite le fonctionnel en version stylée, modèle un quotidien plus affirmé.
Le paysage change. Les matières synthétiques quittent le laboratoire pour entrer dans la garde-robe, les tons éclatent, les coupes droites s’imposent, parfois nettes comme un trait au crayon. Le vestiaire se fait l’écho d’une jeunesse impatiente de tout transformer. Photographes et magazines captent cette énergie, la font circuler, tandis que la musique et l’art visuel prolongent la même fièvre créative. À ces trois foyers s’attache une identité unique :
- Paris : laboratoire de la haute couture, matrice des tendances mondiales.
- Londres : repaire de la youth culture, source d’une insolence massive et d’idées frondeuses.
- New York : moteur d’une modernité pragmatique, creuset des influences mondiales.
La décennie ne veut plus habiller, elle veut secouer, transgresser, décloisonner. L’époque s’accélère, brise ses chaînes et donne le rythme à suivre : ce sont les sixties, dans toute leur nouveauté décomplexée.
Quels styles et pièces iconiques ont marqué l’année 1960 ?
En 1960, la mode n’a plus peur de trancher. La jupe raccourcit, esquisse la silhouette d’un avenir plus libre, même si la mini-jupe reste encore un murmure. Les robes chasubles aux lignes franches, avec ou sans manches, s’offrent des cols blancs immaculés ou Claudine, clin d’œil à une enfance revue façon adulte.
L’apparition du col roulé pour femme signe un tournant : porté sous une robe, associé à une veste courte, il devient l’atout graphique du vestiaire. Les couleurs claquent : orange acide, jaune éclatant, bleu ciel ou vert bouteille donnent le ton. Les imprimés, souvent inspirés du pop art, osent les motifs géométriques, bien loin de la discrétion passée. Pour mieux comprendre ce qui compose ce vestiaire modernisé, voici quelques exemples phares :
- La jupe trapèze : découpée net, pensée pour le mouvement et l’affirmation.
- Le tailleur jupe : veste courte, jupe droite, nouvelle élégance pratique.
- Les robes chasubles et les modèles sans manches pour une fraîcheur qui ne cherche pas à séduire, mais à affirmer une identité.
- Le col roulé : accent géométrique, parfois même un clin d’œil à l’androgynie stylée.
Les clichés d’époque en témoignent : manteaux larges, bottes à tiges blanches, accessoires délibérément voyants, le plastique devient un motif, presque un manifeste. Même l’automne-hiver refuse l’ennui. La nouveauté, loin d’être une simple coquetterie, fonctionne comme une réponse à la société qui change.
Figures emblématiques et créateurs visionnaires : qui a façonné la mode des sixties ?
Derrière les tissus, il y a des destins, des figures qui marquent à jamais le vestiaire. À Paris, Yves Saint Laurent ose sa première grande collection en solo, introduit le tailleur-pantalon pour femme, revisite la robe droite et confirme que l’assurance féminine s’habille désormais autrement. Pierre Cardin et Paco Rabanne, eux, se jouent des matières : métal, plastique, rien n’arrête ces expérimentateurs pour qui le vêtement est un terrain d’essai.
Londres donne la parole à Mary Quant qui propulse la mini-jupe au rang de symbole d’émancipation. Twiggy, muse au regard perçant, et Jean Shrimpton, égérie gracile, affichent fièrement jambes et attitudes, marquant les magazines et la rue d’une allure nouvelle : jeune, pointue, libre, un mantra. Leurs images témoignent d’une liberté qui se veut concrète, affichée.
Outre-Atlantique, Jackie Kennedy s’impose avec une élégance inédite : robe trapèze épurée, gants nets, lunettes audacieuses. En France, Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Françoise Hardy valident les audaces d’André Courrèges, adoptent le col roulé, préfèrent les couleurs franches. Toutes incarnent une même idée : s’habiller, c’est affirmer un style et une voix. En filigrane, c’est parfois tout un contre-pouvoir qui s’exprime, bien au-delà du simple apparat.
Des podiums d’hier aux tendances d’aujourd’hui : l’héritage des années 60 dans la mode contemporaine
Dans les collections actuelles, l’ombre des années 60 s’invite toujours. Les créateurs glanent dans ce répertoire exubérant ce qui donne du relief à aujourd’hui : coupes trapèze, mini-jupes affirmées, imprimés sur-vitaminés, couleurs franches. Les matériaux hybrides, les contrastes assumés, le col roulé pour femme, la robe droite à col contrasté, tous ces codes font écho à une décennie qui ne s’est jamais résignée à l’ordinaire.
Les podiums refont la part belle à la robe trapèze, icône intemporelle traduisant un goût commun pour l’indépendance et la simplicité graphique. Que l’on soit designer reconnu ou petit nouveau dans la mode, l’attrait pour cette époque s’exprime sans détour. Ce n’est pas seulement un hommage : c’est une manière de puiser dans la liberté pour créer neuf.
Éléments marquants hérités des sixties
Pour comprendre la trace profonde laissée par cette décennie, relevons quelques lignes de force devenues indissociables du style contemporain :
- L’arrivée massive de la géométrie dans les lignes et les imprimés.
- L’audace des couleurs franches, des contrastes, des matières inattendues.
- Le passage d’un vêtement figé à un vêtement qui libère le corps et l’identité féminine.
Les années 60 n’ont pas seulement changé le vêtement : elles ont insufflé une énergie, un souffle qui traverse encore les décennies. Sur les podiums ou dans la rue, difficile de passer à côté de cette empreinte : la créativité effervescente des sixties continue de surprendre et d’inspirer, comme une invitation permanente à oser regarder plus loin.


