En 1978, le terme « intrapreneuriat » apparaît pour la première fois dans un article de Gifford Pinchot, alors que la Silicon Valley commence à diversifier ses modèles de croissance interne. Contrairement à une croyance répandue, certains des plus grands brevets industriels n’ont jamais quitté le giron de leur entreprise d’origine, portés par des salariés au statut hybride.
La frontière entre innovation interne et création indépendante s’estompe, faisant émerger de nouveaux profils professionnels. Les grandes entreprises s’appuient désormais sur ces collaborateurs capables de transformer une idée en projet sans quitter la structure qui les emploie.
Comprendre l’intrapreneuriat dans le contexte économique actuel
Impossible d’ignorer la montée en puissance de l’intrapreneuriat au sein des entreprises d’aujourd’hui. Alors que la compétition s’intensifie et que l’agilité organisationnelle devient une nécessité, des groupes comme Allianz, Engie ou Microsoft lancent des programmes intrapreneuriaux conçus pour faire rimer innovation et stabilité. L’idée est directe : offrir aux salariés la possibilité de porter des projets innovants tout en profitant du soutien logistique et de la sécurité du salariat.
Pour accélérer l’idéation, les grandes structures déploient plusieurs outils complémentaires :
- incubateurs internes pour donner de l’élan aux idées prometteuses,
- processus de crowdsourcing afin de récolter l’intelligence collective de l’entreprise,
- ouverture à l’open innovation pour croiser les regards et enrichir les projets.
Ce mode de fonctionnement dope l’innovation, met en avant les talents et favorise la fidélisation des équipes, tout en limitant l’incertitude par rapport à une création ex nihilo.
Mais l’intrapreneuriat ne se limite pas à la sphère économique : il façonne un réel impact social. En intégrant la RSE dans les démarches et en donnant du sens au quotidien professionnel, il dessine une nouvelle culture d’entreprise centrée sur la responsabilisation, l’initiative et l’engagement. Il s’agit là d’une transformation profonde des rapports au travail et à l’innovation, bien loin d’un simple engouement passager.
Qui sont les intrapreneurs et quelles qualités les distinguent ?
Les intrapreneurs se révèlent au cœur des organisations, mus par l’envie de transformer les usages sans quitter la structure qui les emploie. Oubliez le stéréotype du manager effacé ou du salarié obéissant : ces profils hybrides oscillent entre l’autonomie et l’engagement collectif. Leur rôle ne se résume jamais à une simple fiche de poste. L’intrapreneur, c’est celui ou celle qui repère ce que personne ne voit, s’empare d’une opportunité et bâtit un projet innovant dans les arcanes souvent complexes de l’entreprise.
Leur force s’illustre dans des qualités concrètes, observées sur le terrain :
- audace face à la prise de risque,
- capacité à activer les ressources internes sans se laisser déborder,
- résilience pour tenir bon malgré les obstacles,
- esprit d’équipe, car l’intrapreneur avance rarement seul.
L’appui apporté par les incubateurs internes ou les ressources humaines fait souvent la différence, instaurant un climat où la créativité sert la dynamique collective. L’entreprise voit émerger de nouveaux talents, des futurs leaders à l’aise dans l’incertitude.
Le parcours, certes, n’est pas sans embûches : surcharge de travail, tensions internes, reconnaissance parfois floue. S’engager dans l’intrapreneuriat, c’est développer ses compétences et renforcer son employabilité, tout en s’exposant à l’échec et aux résistances. Pourtant, chez Allianz ou Engie, cette ouverture donne accès à une latitude inédite, surveillée de près par des directions qui veulent concilier innovation et transformation.
Entrepreneuriat et intrapreneuriat : quelles différences fondamentales ?
Si l’on regarde de près, la différence entre entrepreneuriat et intrapreneuriat saute aux yeux. L’entrepreneur lance son aventure hors de toute structure, construit son équipe, assume seul les risques financiers et juridiques. Il détient la propriété intellectuelle de ses créations, imprime sa culture à l’entreprise et encaisse, sans filet, la réussite fulgurante ou la chute brutale.
L’intrapreneur, lui, agit à l’intérieur d’une entreprise qui existe déjà. Il profite des ressources internes, financement, expertise, réseau, et d’un contrat de travail qui limite les conséquences des revers. Les risques sont partagés, mais la démarche se heurte souvent à la lourdeur du cadre hiérarchique et à la question de la propriété intellectuelle, domaine rarement limpide en entreprise.
| Entrepreneuriat | Intrapreneuriat | |
|---|---|---|
| Ressources | Personnelles/externalisées | Internes à l’entreprise |
| Risque | Individuel | Partagé |
| Propriété intellectuelle | Fondateur | Entreprise |
| Échec | Sortie du projet, pertes personnelles | Retour au salariat, requalification |
Les suites du projet diffèrent également. Un projet intrapreneurial réussi aboutit parfois à la création d’une filiale ou à l’intégration d’une nouvelle offre. Un échec n’implique pas de tout perdre : retour à son poste, parfois départ, mais rarement effondrement. Le vécu du risque n’a donc rien de comparable.
Des exemples concrets pour mesurer l’impact de l’intrapreneuriat sur l’économie
L’intrapreneuriat n’est plus un concept abstrait : il infuse les grands groupes, rebattant les cartes de la transformation digitale et du marché de l’innovation. Regardez du côté d’Allianz France : le projet Balio permet à des collaborateurs de piloter une solution de gestion financière, le tout dans un incubateur interne. Chez Engie, l’initiative Ôgénie, plateforme solidaire née d’un programme intrapreneurial, s’impose comme un levier de RSE et d’action locale.
Microsoft, Axa, Société Générale, Orange, La Poste… toutes ces entreprises structurent des programmes intrapreneuriaux articulés autour de l’idéation et du crowdsourcing. Elles encouragent de nouveaux services et business models, portés par les collaborateurs eux-mêmes. L’appui d’incubateurs internes, l’accès facilité aux ressources internes et l’ouverture à l’open innovation créent un terreau fertile pour tester, ajuster, oser.
Certains noms ont marqué l’histoire de ce mouvement. Steve Jobs, en propulsant la division Macintosh chez Apple, a montré comment un salarié pouvait bouleverser la trajectoire d’une entreprise. Gifford Pinchot, dès les années 1980, a posé les bases théoriques du concept. Richard Branson, chez Virgin, a illustré la puissance de l’initiative interne à grande échelle.
Voici quelques cas révélateurs pour saisir la diversité des impacts :
- Projets intrapreneuriaux : Balio (Allianz), Ôgénie (Engie)
- Structures d’accompagnement : incubateurs internes, programmes dédiés
- Effets : innovation, engagement, accélération de la transformation digitale, diffusion de la RSE
La dynamique est lancée : l’intrapreneuriat n’attend pas, il façonne, il bouscule. Demain, qui sera ce collaborateur qui réveillera toute une organisation de l’intérieur ?


